Cet article est republié dans le cadre de la prochaine Fête de la science (qui aura lieu du 1er au 11 octobre 2021 en métropole et du 5 au 22 novembre 2021 en outre-mer et à l’international), et dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition aura pour thème : « Eureka ! L'émotion de la découverte ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.
L’écrivain et critique d’art britannique John Berger a été l’un des premiers chercheurs modernes à souligner, dans son étude des peintures d’animaux de la grotte Chauvet, le caractère éminemment artistique des peintures paléolithiques primitives que les humains ont peintes pendant 20 000 ans dans les grottes et les abris du monde entier.
Lorsqu’on demande aujourd’hui à un expert quel but poursuivaient les peintres rupestres en représentant des images d’animaux, on se heurte souvent à une interprétation utilitaire : nos ancêtres peignaient pour attirer le gibier et favoriser leurs intérêts matériels, dans la croyance superstitieuse qu’en peignant, ils obtiendraient d’une manière ou d’une Lorsqu’on demande aujourd’hui à un expert quel but poursuivaient les peintres rupestres en représentant des images d’animaux, on se heurte souvent à une interprétation utilitaire : nos ancêtres peignaient pour attirer le gibier et favoriser leurs intérêts matériels, dans la croyance superstitieuse qu’en peignant, ils obtiendraient d’une manière ou d’une autre ce qu’ils recherchaient.
Cet essayiste anglais, expert de la culture visuelle humaine de tous les temps, propose une analyse différente. Selon Berger, « L’artiste primitif avait une connaissance intime et exhaustive de ces animaux ; ses mains étaient capables de les imaginer dans l’obscurité ». Dans l’intérieur de l’immense grotte, silencieuse et sombre, l’émergence de ces images lui donne le sentiment que « la plupart des animaux peints à Chauvet, dans la vie réelle, étaient féroces ; cependant, les images ne trahissent aucune crainte. Le respect, oui, un respect fraternel et intime. C’est pourquoi, dans chaque image d’animal, il y a une présence humaine. Une présence révélée par le plaisir. Chaque créature ici présente est à l’aise dans l’homme ; une formulation étrange, mais indiscutable. »
Les tableaux successifs, superposés, inachevés, interagissant entre eux à des milliers d’années de distance, sont la multiplication d’un phénomène absolument unique, dans lequel, comme dans l’esthétique médiévale de saint Thomas, « le plaisir parfait l’opération. » L’art rupestre témoigne de la réflexion, de la pensée et de la capacité de communication de ses créateurs.
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